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Ce site, je l’ai maintes fois reprisé. Jamais trouvé la forme que je souhaitais lui donner. Longtemps, j’ai voulu publier sans pouvoir y consacrer un temps suffisant. Longtemps alors, le site est mort. Maintenant, le temps est là. Maintenant, il y a deux obsessions : l’actualité parallèle et le récit de voyage. L’actualité parallèle en fin de semaine, et le récit de voyage au début. Pas de jours précis, mais deux articles par semaine, jusqu’à épuisement.

L’actualité parallèle

Ces dernières années, j’ai passé beaucoup de temps à l’étranger. Pour ne pas mentir, je devrais dire que je n’ai vécu vraiment qu’à l’étranger. Depuis mon départ, il y a peut-être deux ans, trois ans, je ne suis que de très loin l’actualité française. Elle prend un ton journalistique, fade et factuel, que je ne supporte plus. On le trouve partout. Exubérant à la télévision, et plus discret dans la presse écrite, il a également contaminé ce que l’on appelle les nouveaux médias.

Il ne m’est pas possible d’expliquer distinctement le phénomène, de le décortiquer point à point. Ce que je peux dire, mon ressenti, c’est que l’information manque de réalité, d’un chaînon qui la rattache au monde. Cette résignation, ce décrochage des flux, je ne suis pas le seul à l’avoir éprouvée. À des degrés divers, je crois qu’à différents moments de la vie, elle concerne tout le monde.

En rouvrant un journal récemment, j’ai été surpris de voir que je le lisais autrement. Deux ans. Il avait fallu cette durée pour me détacher, comprendre ce qu’il y avait derrière l’information. J’avais été parfois proche, très proche de l’actualité. Proche de l’événement, mais prenant toujours soin de passer à côté de la couverture médiatique. Plutôt au-dessous, là où il y avait l’humain. Là où l’actualité touchait, emportait, brisait. Là où l’on ne couvrait pas l’événement. Là où il n’y avait pas d’événement.

Une partie de ce qui s’était produit, j’avais vu un pont se construire. Ce pont, c’était l’Été 80, l’actualité parallèle. Pendant un été, un seul été, dans Libération, expérience inédite, on a pu lire ce que je cherchais. Ce qui n’était pas vraiment de l’information, mais en reprenait certains éléments. Ce qui n’était pas vraiment de la critique des médias, mais émettait une critique. Ce qui n’était pas vraiment du roman, mais s’ancrait dans l’esprit.

Ce qu’avait fait Duras pendant un été, c’était faire ressortir les fantômes, l’humain qui manque, l’imaginaire au cœur de l’information. Ce qui était là, derrière les lettres, derrières les lignes, derrière les pages. Pendant les deux mois d’été, elle avait écrit sur l’actualité parallèle. Plus de quarante ans plus tard, certainement différement, sans sa plume, mais autant que possible avec honnêteté, je veux écrire à mon tour sur l’actualité parallèle. À mon tour faire ressortir les fantômes.

Le voyage pour rien

Résiduellement, j’ai toujours écrit. Un jour, ouvrant un tiroir, j’ai retrouvé des textes écrits il y a plus de quinze ans. J’ai lu très jeune, et dès que j’ai lu, j’ai tout de suite voulu écrire. Tous ces manuscrits, plus ou moins poussiéreux, j’ai réalisé que je n’en ferai rien. Pour l’essentiel, je n’ai jamais essayé de les publier. Ils me paraissaient des textes sans valeur aucune. Ils disaient une vie que je ne voulais pas raconter.

Ce qui a changé, j’ai trouvé beaucoup d’inspiration. Ensuite travaillé. Il y a eu une période, pendant deux mois, on ne peut pas dire que je n’ai fait qu’écrire, mais on serait proche du fait. Après il y a eu le flottement, plus rien, jusqu’aux larmes. Je ne sais pas si c’est un sentiment partagé. Après, dans cette abîme, ce qui m’est arrivé, c’est de trouver un lecteur. De nulle part. Quelqu’un qui a senti où j’en étais, et qui m’a forcé à être lu.

J’ai regroupé quelques textes de voyage. Il n’y avait pas de genre précis, pas de but précis, et pas un texte terminé. Il a lu, nous avons discuté longtemps, et quelques jours après l’inspiration est revenue. Cet événement m’a incité à publier. Écrire pour publier, c’est le seul moyen pour moi de finir des textes. Autrement, tout reste en suspens. Aussi j’étais très mauvais pour dire, et parfois, toujours, quelqu’un me demandait de raconter. De raconter n’importe quoi, juste pour entendre des histoires, divertir l’esprit un instant.

Je ne cherche pas à être un auteur. Je n’en ai pas la prétention, pas le phrasé, pas le rythme. Ce qui m’intéresse, c’est de publier des textes dormants parfois depuis longtemps pour que peut-être quelque’un y trouve de l’air. Une respiration. En somme, ce que je trouve en écrivant. Aucune forme, rien. Un long carnet, infini par nature. Des histoires à propos de moi déguisées en histoires à propos des autres.